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Kleber Haedens (1913-1967).

1 436 vues | 14.03.11 | 16:42

Passionné de sport et de littérature, Kléber Haedens fut écrivain et critique. S’il est un peu oublié de nos jours, on peut le retrouver dans la biographie que lui a consacré Etienne de Montéty, Salut à Kléber Haedens (Grasset).
Kleber Haedens (1913-1967) est l’auteur de romans - L’école des parents (1937), Une jeune serpente (1940), Salut au Kentucky (1947), Adios (1973) -, d’essais – Gérard de Nerval (1939), Paradoxe sur le roman (1941) – ainsi que d’Une histoire de la littérature française (1943).

Critique littéraire très influent il a travaillé pour plusieurs journaux : Paris-Presse, Candide, Le journal du dimanche, d’où est tiré cet article :

Les fruits du Congo, un roman sur l’adolescence éblouie

Le thème des Fruits du Congo (*) est terrible par sa banalité, par la façon dont il a été rebattu, piétiné et délavé par tous les romanciers français ou anglais, qui ne l’ont pas quitté d’un pouce depuis trente ans. C’est, en effet, le thème de l’adolescence. Oui, encore un roman sur l’adolescence éblouie, celle du Grand Meaulnes, des Enfants terribles ou de Comme le temps passe…
Comment, venant après tant d’autres, Alexandre Vialatte est-il parvenu à renouveler son sujet, à l’enrichir, à lui donner cette allure singulière et prenante ? Au départ, il prend toutes les difficultés à sa charge. D’où vient, par exemple, ce titre qui étonne, Les Fruits du Congo ? C’est celui d’une affiche publicitaire qui repré­sente une grande négresse rieuse qui porte des citrons d’or. Cette affiche, les garçons l’admirent en sortant du collège et c’est elle qui entraîne leur imagination vers des continents fabuleux. L’action se passe dans une ville d’Auvergne où coule un fleuve chargé d’îles mystérieuses, déser­tes, aux sables brûlants.
C’est dans les îles que les adolescents se retrou­vent pour leurs exploits les plus audacieux. Et c’est là, sur ces terres désolées, qu’ils rencontrent la jeune fille énigmatique, la mince Dora, qui fume une pipe bourrée des mégots offerts par tous les minuscules vauriens du quartier. Dora sent l’eau de Javel, l’herbe mouillée et la lavande ; elle a les cheveux blonds, les yeux verts et le menton pointu ; pour tous, elle devient la reine et la meilleure conductrice de l’amour.

Ainsi, Alexandre Vialatte donne-t-il, tête baissée, dans tous les poncifs de l’adolescence : l’exotisme, les îles et la jeune fille enchantée. Mais il se débrouille de telle sorte qu’on ne peut pas songer à lui en faire grief. Il prend, en effet, dès l’ouverture de son livre, un ton qui le distingue. Voici les premières lignes du roman : « Quand on disait au docteur Peyrolles qu’il faut malgré tout une ceinture pour retenir un pantalon, il répondait que les sauvages n’en portent pas et ne souffrent jamais de varices. Et, quand on lui reprochait de coiffer son neveu d’un melon, il répondait que le gibus est trop cérémonieux pour un enfant et que tout le monde juge le chapeau mou bien débraillé. Et il en concluait : « Que voulez-vous qu’on lui mette ? » Si l’on passe au paragraphe sui­vant, on voit surgir, en huit lignes, l’ombre de M. Lamourette, chef de musique d’infanterie de ligne, tué en 1914 ; la silhouette de Miss Caven­dish peignant la Jungfrau, « sous son jour le plus symétrique, avec soleil couchant et premier plan de fleurettes » ; enfin, le personnage du neveu trempé comme un parapluie et blotti sous un escalier. Au bout de dix pages, on comprend le dessein du livre : Alexandre Vialatte crée toute une ville, tout un monde, et le thème de l’adolescence est largement dépassé (…) ».
(1951. Repris dans Entretiens, p. 94, éditions Subervie  – 1976)

(*) Roman paru en 1951 (Gallimard/L’imaginaire 1994), finaliste au Goncourt qui sera attribué au Rivage des Syrtes de Julien Gracq. Qui le refusera.

 



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Alexandre Vialatte
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